Je pratique et je prône l'hénodisme mondain, il m'épargne. Il m'épargne les euphories grotesques du premier baiser, du premier coup de fil, écouter douze fois un simple message, prendre un café, un verre : les souvenirs d'enfance, les amis communs, les vacances sur la Côte; puis un dîner : les auteurs préférés, le mal de vivre, pourquoi sortir tous les soirs, la première nuit, suivie de beaucoup d'autres, ne plus rien avoir à se dire, baiser pour combler les blancs, ne même plus avoir envie de baiser, se détacher, rester ensemble quand même, s'engeuler, se réconcilier tout en sachant que c'est mort au fond, aller baiser ailleurs, et puis plus rien...
Souffrir.
Pour tous les nostalgiques de cette belle période où les gens et le peuple n'hésitaient pas à se soulever pour affirmer leurs idées. Où la vie était plus simple et les matins sans questions. Où les mélodies des Beatles résonnaient aux coins des lèvres et des rues. Dans nos rêves on s'évade et repart dans cette époque révolue : Mai 68, on aurait acheté un van et aurait fait le tour du monde. Avec ou sans eux aujourd'hui cette époque cette magie qui a inspiré ce que nous sommes devenus appartient à nos rêves. Sans doutes sommes nous nés trop tard ?
C'est pire que tout. Cette horrible sensation qui vous prend à la gorge au moment
précis où vous vous y attendez le moins. Les larmes qui coulent, les souvenirs qui
défilent, heureux ou malheureux. Que cela vous fasse plaisir ou non, que vous en
ayez envie ou pas, c'est toujours ce même choc émotionnel, cette même affrontement
d'émotions souvent contra-dictoires. On se retrouve seul avec soi-même, et personne
au monde ne peut vous comprendre. Le coeur, siège des sentiments, seigneur incon-
testable du corps humain, se compare alors à un vieux mouchoir humide et froissé,
une petite boule ridicule qui ne mérite pas moins de mépris qu'un joli tas d'ordure.
Ca enivre autant que ça désolée, ça attriste autant que ça réjouis... Aucun sentiment
n'est aussi indéfinissable, unique et bouleversant que la nostalgie.
Dès cet instant, j'ai commencé à lutter. Contre moi, contre le bon sens et la réalité. Pouvait-on aimer de cette façon, aussi fort, aussi soudainement en dépit de toute raison, de toute prudence ? Etait-ce bien moi, la solitaire, l'arrogante, la caustique qui éprouvait une telle faim de cet Homme, un tel besoin de sa présence qu'à peine quitté j'étais déjà en manque de lui ? Foutaises.